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Louis XI et Genappe
Au XVe siècle, Genappe était une petite bourgade paisible, vivant à l’ombre de son imposant château. A l’époque notre cité appartenait au duché de Bourgogne. Philippe le Bon, duc de Bourgogne est opposé au Roi de France, Charles VII, père du futur Louis XI.
C’est une histoire de famille un peu compliquée qui va amener le futur Roi de France en nos contrées. Mais revenons au premier pas du Dauphin. Né le 3 juillet 1423 à Bourges, Louis de Valois grandira au château de Loches, sur les bords de la Loire. Jusqu’en 1447, la vie de Louis est marquée par les conflits familiaux et politiques qui l’opposent à son père, le roi Charles VII.
Un meneur précoce
Très jeune, le Dauphin va montrer ses aptitudes à mener ses hommes. A 14 ans, il commande les troupes qui reprendront Château-Landon et la ville de Montoreau aux Anglais. Il est alors nommé lieutenant du Roi. Quelques années plus tard, en 1443, il reprendra la ville de Dieppe.
A 16 ans, en 1439, il est au cœur d’un complot. Il s’allie à la noblesse afin de lutter contre le laxisme de son père et de son entourage en matière de politique intérieure.
Charles VII décide d’éloigner son fils qui devient de plus en plus influant à la Cour. Le père et le fils trouveront un compromis : en 1447, Louis part pour le Dauphiné qu’il administrera de main de maître jusqu’en 1465.
Un mariage qui envenime les choses
Le 9 mars 1451, le Dauphin, alors âgé de 27 ans, épouse Charlotte de Savoie, âgée de 12 ans. Un mariage qui va à l’encontre des exigences du Roi de France. La brouille entre le Roi et le Dauphin se transforme très vite en conflit. En 1456, Louis, craignant pour sa vie, se réfugie avec une cinquantaine de compagnons à la Cour de Bourgogne. Le Duc de Bourgogne, Philippe le Bon se trouve être à la fois l’oncle de Louis et le plus grand opposant du Roi de France. C'est donc avec une générosité toute intéressée que le duc offre refuge au fils de son ennemi et met le château du Lothier à Genappe à sa disposition.
Joie et tristesse au Lothier
Quelques mois plus tard, en juillet 1457, Louis accueille à Namur sa jeune épouse Charlotte de Savoie. Le couple passera sa « lune de miel » à Namur avant de prendre leurs quartiers dans le château du Lothier. Un exil qui durera cinq ans.
Le 27 juillet 1459, Charlotte donne naissance à Joachim. Louis galopa aussitôt jusqu'à Notre-Dame de Hal pour y rendre grâce et écrivit la nouvelle à son père, à son frère, aux seigneurs, aux prélats et aux villes de France. Le baptême de Joachim eut lieu en l'église de Vieux-Genappe, le 5 août 1459. Les parrains étaient Philippe le Bon et le Sire de Croy, la marraine, Madame de Ravenstein, princesse de Clèves. Malheureusement, l'enfant ne vivra que 6 mois. Son corps repose en la collégiale Notre-Dame de Hal.
En 1461, naît Anne de Beaujeu qui à la mort de son père, deviendra régente du royaume de France jusqu'à la majorité royale du futur Charles VIII. Louis XI qualifiera sa fille de « femme la moins folle de France ».
L’œuvre d’un futur Roi
C'est à Genappe que Louis va mûrir l'oeuvre de sa vie : l'unification d'une France forte et indépendante. Il va même en jeter les bases en concluant, vers février 1461, le traité de Genappe. Un traité d'assistance militaire réciproque, avec Francisco Sforza, duc de Milan, et, sur le front des Anglais, avec Richard Neville, comte de Warwick, un des grands ennemis de la France.
La fin de l’exil
Vers le 25 juillet 1461, après cinq ans d'exil, le Dauphin reçut la nouvelle de la mort de son père, le roi Charles VII, survenue le 22 juillet. Louis fit célébrer une messe de requiem. Vers le 27 juillet 1461, il quittait Genappe pour Reims où, le 15 août 1461, il devait être couronné Roi de France, Louis le Onzième. A 38 ans, Louis allait affronter sa destinée de monarque éclairé.
C’est donc à Genappe, petite ville quasiment inconnue dans l’Hexagone, que se sont écrites de nombreuses pages de l’Histoire de France. Une belle occasion de fêter ces événements historiques.
Les Cent Nouvelles Nouvelles
La littérature à la Cour de Bourgogne
A la fin du Moyen-Âge, la bibliothèque n’est plus l’apanage des monastères. Le seigneur profane, à son tour, se réjouit de posséder des manuscrits rares et précieux, qui lui permettent de montrer son pouvoir et son érudition.
C’est le cas à la Cour de Bourgogne. Durant les trois quarts du 15ème siècle, les quatre ducs régnant, Philippe le Hardi, Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire réussissent à faire de leur duché le phare de la création littéraire en Occident.
L’âge d’or de cette bibliophilie est atteint sous Philippe le Bon (1396-1467). Sa bibliothèque compte 900 ouvrages qui sont autant d’œuvres artistiques tant pour le contenu que pour l’objet livre lui-même. A l’époque, en effet, les manuscrits sont aussi de fabuleux répertoires d’images.
Tous les genres sont représentés mais l’historiographie est privilégiée. Georges Chastelain deviendra l’historiographe officiel de Philippe le Bon. Une préférence pour les romans de chevalerie est, en outre, remarquée. L’idéal médiéval du chevalier est ainsi magnifié dans des romans comme La Belle Hélène de Constantinople de Jacques Wauquelin, par exemple.
Un autre phénomène caractéristique de l’activité littéraire bourguignonne est le dérimage ou mise en prose de romans versifiés du Moyen-Âge, citons Erec de Chrétien de Troyes. On révèle aussi des traités didactiques, par exemple, Le Miroir des princes. Les rituels seront également à l’honneur autour de l’ordre de la Toison d’or, fondé par Philippe le Bon en 1430 à Bruges. Ces rituels comportent des pas, qui consistent à dramatiser des décisions ou des actions héroïques des ducs. Lors des banquets, de petits spectacles, appelés entremets, sont interprétés entre deux services. Enfin, la littérature populaire est également très riche. Au 15ème siècle, la cour de Bourgogne raffole des nouvelles où l’inspiration chevaleresque et bourgeoise se mêle à l’ironie cynique, au scepticisme moral et à l’obscénité, comme en témoigne le recueil les «Cent Nouvelles Nouvelles ».
Les « Cent Nouvelles Nouvelles »
Son contexte
Les « Cent Nouvelles Nouvelles », comme son intitulé l’indique, est un recueil de cent nouvelles. Elles furent composées vers 1456-1461, à la demande du duc de Bourgogne, pendant le séjour que fit au château de Genappe son neveu, le Dauphin Louis.
En ce milieu du 15ème siècle, la Cour de Bourgogne connaît ses plus belles heures. Pour le duc, Philippe le Bon, il y a un temps pour les affaires sérieuses et un temps pour la détente. On imagine bien le plaisir que prenaient le Duc et ses plus fidèles compagnons lors de leurs « réunions » à se raconter des histoires autour de leurs meilleures bouteilles. Durant l’exil du Dauphin, chaque seigneur en profitera pour venir lui faire un joyeux récit. Afin d’assurer la pérennité à toute cette tradition orale, Philippe le Bon souhaite alors voir rassembler en un seul recueil toutes ces histoires.
Son propos
Sous forme de fabliaux, chaque nouvelle traite d’histoires plaisantes et grivoises. Cet ensemble a ainsi pour but de divertir et d’amuser, tant par le sujet (mésaventures de maris balourds et cocufiés, épouses rusées, astuces d’hommes d’église…) que par une expression enjouée et truculente d’un goût parfois douteux.
Son importance dans la littérature, ses sources d’inspirations et son impact
Très peu connu, l’ouvrage a pourtant son importance dans la littérature française. Il s’agit du premier recueil en français, qui inaugure un authentique genre littéraire, la nouvelle.
En effet, chaque récit dans les Cent Nouvelles Nouvelles présente les caractéristiques de la nouvelle : un récit court, qui repose sur deux grands principes narratifs ; la rapidité dans le déroulement et une structure claire et nette (pas de détails inutiles).
L’auteur a repris des thèmes anciens mais remis au goût du jour, adaptés aux mœurs libres de ce temps et obsédées par la jouissance immédiate, qui donnent au recueil une dimension d’actualité. Le titre de l’ouvrage le signale d’ailleurs clairement : la « nouvelle nouvelle » est une parole racontée de nouveau et autrement.
Par contre, la structure de l’ouvrage a été inspirée par celui de Boccace, le Décaméron (signifiant livre des Cent Nouvelles) dans lequel on retrouve le cadre de la narration et le même nombre de textes. Sur le plan du contenu, ce sont d’autres sources : les fabliaux, la narration orale et la tradition latine.
A son tour, les Cent Nouvelles Nouvelles influenceront les recueils de nouvelles écrites au 16ème siècle.
Son auteur
Dans l’ouvrage, on trouve une trentaine de narrateurs différents identifiés comme des personnages réels : le duc de Bourgogne pour la première, puis les membres de sa cour.
Bien que chaque histoire soit présentée comme un récit oral, fait par plusieurs personnes, nous avons, de toute évidence, affaire à une œuvre écrite de la main d’un seul auteur. Il suffit de lire l’ouvrage en entier pour y remarquer une unité d’inspiration, de structure et d’écriture. Malgré de nombreuses hypothèses d’attribution, l’auteur des Cent Nouvelles Nouvelles reste, jusqu’à ce jour, encore inconnu.
Si vous avez envie d’éveiller votre curiosité et d’en savoir davantage sur Les Cent Nouvelles Nouvelles, des exemplaires sont mis à votre disposition à la bibliothèque de l’Espace 2000 à Genappe. (DUBUIS R., Les Cent Nouvelles Nouvelles, Paris, Honoré Champion éditeur, 2005)
